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Ibanez, gentleman anar

Le chanteur et musicien Paco Ibanez a donné de sa très
belle présence, vendredi soir, sur la scène de l'Illiade
dans le cadre du Festival Strasbourg-Méditerranée. Comme
en confidence avec le public et dans une extrême simplicité.
On évoque volontiers, en parlant de Paco Ibanez, son père
anarchiste espagnol réfugié au pays basque français,
où il fera venir toute sa famille entre les deux guerres mondiales.
Et l'évident héritage de défense des libertés
qui lui a poussé au répertoire suite à une telle
éducation politique. Ses pères spirituels, dans la chanson
française, sont un certain Ferré avec qui il partage la
mise en musique des poètes de sa culture et de son temps. Et aussi,
de façon presque flagrante, le Brassens à la guitare modeste
et sèche de concerts mémorables. Comme celui dont il reprendra
La Mauvaise Réputation, Paco Ibanez s'est retiré de longue
date de tout effet de manche sur scène. Tranquille, penché
sur ses cordes, il donne son récital avec l'air de pousser la chanson
par pure amitié envers quelques copains. A la nuance près
que les textes choisis font partie des joyaux du patrimoine linguistique
espagnol, qu'ils mettent en musique les mots de Garcia Lorca, la pertinence
de Rafael Alberti, ou, comme l'atteste le dernier album sorti, les sonorités
particulières du parler basque. Chanteur de combat contre la dictature
franquiste et toute forme de totalitarisme, inscrit par essence dans le
cahier des charges du Festival Strasbourg-Méditerranée,
Paco n'oublie pas la petite vague sur le n de son nom. Et fait voguer
son amour de la langue bien au-delà de la Catalogne ou de l'Andalousie.
Ses poètes et ses colorations mélodiques sont aussi d'outre-Atlantique.
Ses références prennent racine, parfois, chez Ronsard. Délicatesse
exquise de cet anar gentleman ; Quand vous serez bien vieille
a fait
le bis de ce concert. Gracias, amigo !
MSK © Dernières Nouvelles D'Alsace, Dimanche
5 Décembre 1999.
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