Festival 99 : retour à l'introduction

DANSE Dissilence

Danseuses et chorégraphes, Kristine Groutsch'k et Sonia Vidal inaugurent une écriture à deux pour laisser parler les femmes de leur condition.

L'une a été interprète dans la compagnie de l'autre et toutes deux se sont découvert des affinités artistiques et des émotions communes. « Lors de ma dernière création Tombé au monde à Pôle Sud, je rendais hommage aux femmes russes et tchétchènes, dont les enfants ont été massacrés » raconte Kristine Groutsch'k. « Sonia, elle, a été horrifiée par les femmes, en Afghanistan, emprisonnées par les Talibans derrière un minuscule carré grillagé».
Les artistes s'interrogent («comment peut-on imaginer que les enfants puissent vivre sans avoir vu leur mère sourire?» « Au lieu de me demander ce que je ferai à leur place, ce que je deviendrai (folle, forte ?), je me demande ce que je peux faireà ma place») et décident d'écrire ensemble une pièce autour de la condition de la femme. Des femmes, de tous âges, de toutes origines, de tous pays. Plusieurs mois durant, les interprètes (quatre danseuses et une chanteuse-musicienne) recueillent des paroles de femmes pour nourrir leur travail et leur inspiration. « On s'est plongé dans des livres, des documents, on a interrogé des femmes, une vingtaine au total, en leur précisant bien que nous travaillions dans un cadre artistique » poursuit Kristine Groutsch'k.
Puisant dans un fonds d'images, de témoignages ou d'écrits, Kristine Groutsch'k et Sonia Vidal montent Dissilence (silence qui entre en résistance), une création qui dresse des portraits de femmes ou évoque des situations.
« Nous voulons donner à voir des silences de femmes, silences dévoilant l'intimité, secrets livrés en témoignage d'atrocités ou de bonheurs simples, quotidiens » notent les chorégraphes, complices dans cette écriture à deux qui leur a donné des ailes. « Nous avons rencontré des femmes très différentes, une grand-mère alsacienne qui a accouché pendant la guerre à Strasbourg, une Africaine, une Hongroise, des jeunes filles d'aujourd'hui, d'origine très diverse. Sur scène, il suffit de penser à ce qu'elles nous ont dit, ça nous porte littéralement » explique, enthousiaste, Kristine. Cette création chorégraphique, tantôt grave, tantôt optimiste, a suscité l'intérêt de la Délégation aux droits des femmes qui a attribué aux compagnies une aide exceptionnelle. La pièce, qui se joue dans unespace de jeu carré, autour duquel s'installent les spectateurs, est présentée au Fossé des Treize, du 24 au 28 novembre puis sera reprise en extérieur à Strasbourg à partir du 8 mars. Pour les deux danseuses, Dissilence est un point de départ. Si chacune conserve sa compagnie et son autonomie, un collectif, baptisé « Les filles d'aplomb » a été créé pour soutenir des créations communes, de l'une ou de l'autre, ou d'autres artistes encore.
Cette création, cosignée par Kristine Groutsch'k et Sonia Vidal, parle des femmes, d'ici et d'ailleurs.

(Photo Jean-Luc Boutard)
V.B. Journal L'Alsace - Edition de Strasbourg - Mardi 23 Novembre 1999…

 

 

accueil programme nouveautés acteurs et...
decade partenaires festival 99 crédits email