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DANSE Dissilence
Danseuses et chorégraphes, Kristine Groutsch'k et Sonia Vidal
inaugurent une écriture à deux pour laisser parler les femmes
de leur condition.

L'une a été interprète dans la compagnie de l'autre
et toutes deux se sont découvert des affinités artistiques
et des émotions communes. « Lors de ma dernière création
Tombé au monde à Pôle Sud, je rendais hommage aux
femmes russes et tchétchènes, dont les enfants ont été
massacrés » raconte Kristine Groutsch'k. « Sonia, elle,
a été horrifiée par les femmes, en Afghanistan, emprisonnées
par les Talibans derrière un minuscule carré grillagé».
Les artistes s'interrogent («comment peut-on imaginer que les enfants
puissent vivre sans avoir vu leur mère sourire?» «
Au lieu de me demander ce que je ferai à leur place, ce que je
deviendrai (folle, forte ?), je me demande ce que je peux faireà
ma place») et décident d'écrire ensemble une pièce
autour de la condition de la femme. Des femmes, de tous âges, de
toutes origines, de tous pays. Plusieurs mois durant, les interprètes
(quatre danseuses et une chanteuse-musicienne) recueillent des paroles
de femmes pour nourrir leur travail et leur inspiration. « On s'est
plongé dans des livres, des documents, on a interrogé des
femmes, une vingtaine au total, en leur précisant bien que nous
travaillions dans un cadre artistique » poursuit Kristine Groutsch'k.
Puisant dans un fonds d'images, de témoignages ou d'écrits,
Kristine Groutsch'k et Sonia Vidal montent Dissilence (silence qui entre
en résistance), une création qui dresse des portraits de
femmes ou évoque des situations.
« Nous voulons donner à voir des silences de femmes, silences
dévoilant l'intimité, secrets livrés en témoignage
d'atrocités ou de bonheurs simples, quotidiens » notent les
chorégraphes, complices dans cette écriture à deux
qui leur a donné des ailes. « Nous avons rencontré
des femmes très différentes, une grand-mère alsacienne
qui a accouché pendant la guerre à Strasbourg, une Africaine,
une Hongroise, des jeunes filles d'aujourd'hui, d'origine très
diverse. Sur scène, il suffit de penser à ce qu'elles nous
ont dit, ça nous porte littéralement » explique, enthousiaste,
Kristine. Cette création chorégraphique, tantôt grave,
tantôt optimiste, a suscité l'intérêt de la
Délégation aux droits des femmes qui a attribué aux
compagnies une aide exceptionnelle. La pièce, qui se joue dans
unespace de jeu carré, autour duquel s'installent les spectateurs,
est présentée au Fossé des Treize, du 24 au 28 novembre
puis sera reprise en extérieur à Strasbourg à partir
du 8 mars. Pour les deux danseuses, Dissilence est un point de départ.
Si chacune conserve sa compagnie et son autonomie, un collectif, baptisé
« Les filles d'aplomb » a été créé
pour soutenir des créations communes, de l'une ou de l'autre, ou
d'autres artistes encore.
Cette création, cosignée par Kristine Groutsch'k et Sonia
Vidal, parle des femmes, d'ici et d'ailleurs.
(Photo Jean-Luc Boutard)
V.B. Journal L'Alsace - Edition de Strasbourg - Mardi 23 Novembre 1999
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