Festival 99 : retour à l'introduction

Le rire et le cri de Pascale Spengler

Bazar. En partenariat avec le Festival Strasbourg Méditerranée à Strasbourg, Pascale Spengler met en scène de courtes histoires écrites par Aziz Chouaki.

Depuis janvier, Pascale Spengler est installée à La Fabrique, rue de Phalsbourg à Strasbourg. Elle y dispose d'un bureau (en permanence) et d'une salle de répétition (le temps de création) : « A travers cet outil de travail, enfin repérable dans la cité, nous sortons d'une espèce de clandestinité. C'est une reconnaissance politique. Je ne suis pas sûre que l'artiste maudit soit très créatif. Je suis même persuadée que, de la précarité, ne peut surgir qu'une parole blessée, ou revendicative : un cri ». Roux, des cheveux en bataille, noir des vêtements, laines des grosses chaussettes, la metteuse en scène se livre comme elle est, touchante, troublante, sincère, et encore désabusée, fragile, tenace.

Un Borgès algérien

La voici qui parle de la violence, à laquelle chacun de nous est constamment confronté. Puis de la guerre - « Je suis alsacienne, donc l'histoire de la guerre a profondément résonné dans mon enfance ». Pour arriver à l'Algérie - « C'est tout simplement une histoire de rencontre. En 1997, à La Laiterie, j'ai découvert les Vibrations algériennes, initiées par Salah Oudahar ». En 1998-1999, dans le cadre du développement culturel des quartiers, Pascale codirige avec Salah un atelier théâtral ouvert à des amateurs, Maghrébins pour la plupart. Le groupe travaille Marianne et le Marabout, de Sliman Benaïssa. Une expérience qui la remet en question : « N'est-ce pas prétentieux que de vouloir porter l'histoire du monde ? Comment faire du théâtre, quand les temps sont si durs, quand la précarité est si grande ? Le théâtre est un luxe. Un luxe nécessaire… » C'est alors qu'elle rencontre Aziz Chouaki, né à Alger en 1951, réfugié en France depuis 1991. A la lecture de L'étoile d'Alger et de Les oranges, surgit le désir d'une collaboration. Pascale décide de mettre en scène ses nouvelles, publiées une à une dans un journal algérois, en pleine montée officielle du FIS : de courtes histoires retraçant les tribulations de personnages désespérés qui cherchent leur place dans le grand bazar mondial. « C'est un Borgès algérien, qui parle du monde transformé par la culture du CD, du film, des magazines. Au lieu de nier cette réalité, il la prend en compte, non pas comme une malédiction, mais comme une mutation. Il faut une certaine dose d'humour pour regarder son environnement sans le subir… » Car Spengler, en nommant son équipe « Foirades », fait référence à Beckett : « Dans notre société du réussir, il faut qu'il y ait encore une place pour l'essai. Je tente que mes spectacles soient drôles ! Mais produire le rire, cela relève du grand art. Si j'arrive à étonner, c'est déjà beaucoup. On a besoin de rêver : il nous appartient d'apporter le rêve. La musique m'aide… » Elle se lève pour mettre I've been loving you too long, d'Otis Redding : « J'adore le You », dit-elle. Avant de rajouter, dans un murmure : « Le plaisir, c'est une chose à ne pas réprimer… »

Chloé Hunzinger © Dernières Nouvelles D'Alsace, Samedi 27 Novembre 1999.

 

 

accueil programme nouveautés acteurs et...
decade partenaires festival 99 crédits email