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Les fèves fraîches d'Hélène Hamon
La pièce est donnée dans le cadre du Festival Strasbourg-Méditerranée : « Foul Ivaoun », les fèves fraîches en kabyle, est à l'affiche du Théâtre Jeune Public à Strasbourg. Invitation au voyage. Dans un décor recréant l'intérieur d'une cuisine, les odeurs de la semoule du couscous envahissent la nouvelle petite salle du Théâtre Jeune Public. Foul Ivaoun est écrit et mis en scène par Hélène Hamon, comédienne et assistante de Grégoire Callies, directeur artistique du TJP. C'est l'aboutissement d'un travail d'écriture engagé l'an dernier, sur une commande du Festival Strasbourg-Méditerranée. Et c'est la première expérience d'Hélène Hamon en tant que metteur en scène. Audace et liberté Née en Afrique du Nord, Hélène Hamon a écrit ce conte en s'inspirant d'histoires du Maghreb : « J'ai fabriqué mon propre conte à partir d'une culture qui a fait partie du quotidien de mes années d'enfance. La seule différence, c'est que j'ai consacré mon conte à la femme, alors que traditionnellement, les histoires du Maghreb mettent en oeuvre des hommes ou des petit garçons. J'ai voulu parler aux petites filles et leur dire : vous êtes dynamiques, allez-y » Toute la richesse de la culture maghrébine s'y exprime. Fatima Aibout, éblouissante, incarne une femme algérienne, seule chez elle, qui se remémore une fable, Leila, fille de Roi, pour occuper son temps. L'actrice fait de sa cuisine - décor de Jean-Baptiste Manessier - l'espace et la scène même de son récit : un porte-manteau, une ampoule, un drap blanc et une couverture pourpre, pour camper le père de Leila ; une ceinture incarne un serpent silencieux et agile ; une soie tendue sur un balai crée un oiseau paradisiaque. Fatima Aibout endosse tous les rôles, mime, joue la comédie, revisite l'art de la marionnette De la pièce émanent audace et liberté. « Avec Fatima, dit Hélène, nous avons travaillé le texte en le laissant mûrir. En femmes, nous avons porté notre regard de l'adulte à l'enfant. Nous sommes parties de la femme et nous avons rejoint la petite fille » Une pièce « joyeusement impertinente », pour tous publics. © Dernières Nouvelles D'Alsace, Samedi 4 Décembre 1999 Ouvrez la cage aux humains
Les aventures de Leila, puisées au fond de la mémoire de
Malika, plongent petits et grands dans le monde chaleureux de l'imaginaire
berbère. Intimes rêveries Malika vit seule dans sa cuisine, unique point de rattache à sa culture maghrébine, dont elle est fort éloignée maintenant. Pour rompre son isolement, elle parle, elle chante et prépare son couscous. Les odeurs de semoule qui envahissent rapidement la pièce plonge le spectateur dans l'intimité de cette dame. « Ce qui me plaît dans cette pièce, c'est que je sens que petits et grands s'attachent rapidement à Malika qui s'amuse chez elle comme le font certainement les petits garçons et petites filles qui viennent voir la pièce », constate Fatima Aïbout. Rapidement ses intimes rêveries lui rappellent l'histoire de cette jeune fille, Leïla, qui comme elle, vit retranchée chez son père ; histoire traditionnelle que lui contait déjà sa tante quand Malika était enfant. Rapidement donc, les objets, les odeurs de cette cuisine sont détournés pour être mis en scène par la narratrice qui s'amuse à faire vivre les personnages de son histoire. La fin de l'innocence La ceinture représente le serpent, le portemanteau agrémenté
d'une djellaba se métamorphose en un père autoritaire et
sourcilleux de garder sa fille dans son isolement replet, la semoule sert
à simuler l'orage sur la poubelle en fer ou encore la pâte
à pain s'envole au-dessus de Leïla pour lui jeter un sort.
Par son jeu de grimaces, de modulation de voix et son excentricité
que seule autorise l'excitation du jeu en solitaire, Fatima Aïbout
nous amuse beaucoup et nous déculpabilise de violer l'intimité
de Malika. Son histoire, celle de Leïla, interpelle les spectateurs
par sa soif d'évasion et de liberté. La jeune fille, que
son père et sa nourrice dorlotent, n'a jamais vu le monde qui l'entoure,
la mer, la terre, etc. Elle vit dans sa chambre depuis son enfance et
n'est jamais sortie du château. Un jour, éprise de curiosité,
elle fuit. Les esprits maléfiques s'emparent rapidement de son
innocence et la détournent toujours plus de son père. De
mésaventures en découvertes nouvelles, elle prend goût
à la liberté. Aussi, découvrant la vie, elle ne veut
plus s'enfermer. Quand elle est en passe de succomber à la ruse
de l'aigle qui lui pose l'universelle énigme du Sphinx, elle détourne
la question en choisissant de ne pas répondre afin de ne pas retourner
dans sa chambre recluse et de voir l'oiseau en cage. « Une cage,
aussi luxueuse soit-elle, reste une cage », dit-elle. Le spectateur
de cette pièce n'a pas le temps de s'ennuyer dans cet univers magique
qui lui pose de graves questions telle que la liberté et l'amour
de l'autre
Si la pièce s'adresse aux enfants à partir
de plus de huit ans, les adultes de la salle n'ont pas manqué de
vibrer et de sortir le visage détendu et amusé, en fin de
conte
(Photo Barbara Martinez) |
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