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Un Festival Strasbourg-Méditerranée figure au calendrier
des animations de fin d'année. Dernières Nouvelles d'Alsace, Mardi 27 Juillet 1999. En selle ! Une piste cyclable de Strasbourg jusquà la mer Maïa et Joël Henry sont partis cet été ouvrir un itinéraire vers la mer «par les chemins à bicyclette». Le 14 juillet dernier, deux envoyés du Latourex (Laboratoire de
tourisme expérimental), Maïa et Joël Henry, ont quitté
Strasbourg à vélo (des bicyclettes Le Strasbourg
prêtées par la CUS) pour ouvrir et flécher un itinéraire
cyclable de la place de lÉtoile jusquaux plages des
Saintes-Maries-de-la-Mer. Soit environ 1 000 km de pistes, de chemins
de halage et de toutes petites départementales le long des vallées
du Rhin, du Doubs, de la Saône et du Rhône. But de lopération
: ébaucher une « véloroute », sur le modèle
du « Donauradweg » qui conduit les voyageurs le long du Danube
depuis sa source à Donaueschingen (en Forêt Noire, à
80 km de Strasbourg) jusquà Budapest. Litinéraire
Strasbourg-Méditerranée, établi à partir de
cartes IGN au 1/100 000e, évite montagnes et dénivelés
pour être accessible à tous, y compris aux cyclistes peu
entraînés, équipés de vélos ordinaires.
Pour le baliser, Maïa et Joël Henry ont apposé tout le
long du parcours 3 000 signaux de route autocollants portant linscription
« Vers la mer ». Strasbourg-magazine octobre 1999
Joel la combine
Plus de souci pour aller de Strasbourg aux Saintes-Maries-de-la-Mer à
vélo. L'itinéraire est balisé et accessible aux pédaleurs
de tous niveaux. A peine deux inévitables petites cotes de dernière
catégorie du côté de Lyon, pour éviter le tunnel
sous Fourvière. Pas de risque non plus de s'égarer, à
moins qu'un ingénieur fou des Ponts et Chaussées ne décide
d'éliminer des centaines de balises de signalisation. Ce sont en
effet les supports privilégiés par Joël Henry et son
épouse Maïa pour apposer leurs autocollants bleus océan
« Vers la mer ». Plus que des bistrots Le plaisir de pédaler sur de petites routes tranquilles est en
effet assombri par une désertification rurale bien réelle
et palpable. « On a découvert dans certains coins une France
à l'état d'abandon, où seuls les bistrots tiennent
le coup » dit Joël. Le supermarché, à trente
kilomètres de là, ne justifie par les efforts demandés
par ce détour. Ne reste alors qu'à dévaliser une
minable épicerie mal approvisionnée, dont la gérante
déverse à ses rares visiteurs l'extrême amertume devant
une concurrence déloyale « qui nous fera crever, mon bon
monsieur ! ». Joël Henry, écolo dans l'âme, est
trop attaché au développement durable pour ne pas prêter
une oreille sensible à cette complainte. Peur de m'aigrir Bien qu'il se soit souvent ennuyé aux expos strasbourgeoises
où l'entraînait sa mère, qui l'a initié à
l'art, Joël se retrouve néanmoins étudiant aux arts
décos. Il s'intéresse au travail des artistes, mais pas
vraiment au monde de l'art, un « ghetto difficile à pénétrer
». Surtout pour qui n'a pas envie de se couler dans le moule de
« l'artiste maudit ». « J'avais peur de m'aigrir »
dit le filiforme Joël en tirant sur sa pipe. Aux actualités
Pathé cinéma, dans une séquence consacrée
à Ben en train de peindre l'horizon, sur la promenade des Anglais,
il découvre que l'art peut être rigolo. (Depuis, il a un
peu changé d'avis sur le talent de Ben
). Sans boutique fixe Bouquiniste, mais sans boutique fixe. Une seule fois, le nomade tente
de se sédentariser dans un magasin. Il abandonne au bout de trois
mois. « Je n'aimais pas être enfermé » confesse-t-il.
A son étal du marché aux livres Gutenberg, il retrouve le
contact avec le passant. Les centres d'intérêt de Joël
sont trop pointus pour intéresser la grande foule. Il n'a plus
guère les moyens d'assouvir sa passion pour la littérature
d'avant-garde. Les ouvrages des surréalistes ou des prophètes
de l'internationationale situationniste atteignent des prix prohibitifs.
« De la misère en milieu étudiant » va chercher
dans les 700 à 800 francs. Restent alors les livres sur les beaux
arts, la photo, la peinture, ou les auteurs singuliers, tombés
dans l'oubli. Des amis toujours prêts à embarquer Voilà lâché grand mot de sa vie, « le jeu ». Il en invente trois par jour. « Il a fait de la recherche de l'inédit un art et constitué autour de lui un réseau prêt à embarquer dans toutes ses aventures » témoigne François Burgard, son fidèle complice, co-inventeur du Latourex, le laboratoire du tourisme expérimental. Première expérience : un week-end de synchrotourisme. Sans aucune organisation préalable, les participants passent, chacun de son côté, deux jours à Zurich. A la restitution, le dimanche soir à Strasbourg, autour d'un apéro, ils ont l'impression de n'avoir pas vécu la même ville. De multiples autres idées fusent de l'esprit fécond de Joël. Le tourisme littéraire ou cinématographique du genre un « week-end à Zuydcoote » ou un « voyage avec ma tante » ; du tourisme exotique dans l'Hexagone : à Venise dans le Doubs, au Caire dans les Alpes de Haute-Provence, à Damas dans les Vosges. Passons sur les raids dans la banlieue strasbourgeoise, l'alphatourisme, l'érotourisme, voire le politicotourisme, qui consista à aller offrir un verre de blanc aux Limougeauds qui avaient le moins voté pour Le Pen à l'époque où l'Alsace battait des records en la matière. Dîners de pâtes aléatoires L'imagination furibonde du bouquiniste ne se limite pas au tourisme.
Ses « dîners de pâtes aléatoires » ont
fait fureur. Chaque participant invite six personnes à dîner
un soir donné. Toutes les invitations sont mélangées
dans un pot commun et envoyées au hasard. Le soir venu, l'hôte
ne sait pas qui sonne à sa porte. Au dernier dîner, on a
recensé 60 soirées et 300 convives. Des gênes ludiques Ça a l'air facile. « Mais, témoigne Michel Hentz, Joël a des gênes particuliers, ludiques et innovants. Il ne s'amuse jamais en solitaire. Toutes ses idées sont à base de convivialité ». N'ayant « rien à vendre », Joël Henry n'a aucun regret si l'un de ses plans se solde par un fiasco complet, ce qui arrive. Il ne sait pas si un seul cyclotouriste empruntera jamais son circuit « Vers la mer ». Pour autant, il n'a pas douté un seul instant, pendant les trois semaines passées sur sa selle de vélo, qu'il fallait « baliser l'itinéraire très consciencieusement ». Par Claude Keiflin
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