Festival 99 : retour à l'introduction


Un Festival Strasbourg-Méditerranée figure au calendrier des animations de fin d'année.
En pédalant depuis le 14 juillet pour baliser le chemin vers Saintes-Marie-de-la-Mer, les Strasbourgeois Joël et Maïa Henry ouvrent également la voie à un festival « Strasbourg-Méditerranée ». Leur idée de jalonner un itinéraire cycliste reliant l'Alsace et la grande bleue rejoint celle d'une manifestation qui veut explorer les liens entre une Europe ancrée au nord et les rivages méditerranéens.
Après un projet avorté en 1998, l'idée, dans l'air depuis quelques années déjà, est aujourd'hui développée par d'autres protagonistes. Le nouveau concept est né de la rencontre d'une volonté de l'association Décade (organisatrice du Printemps des Bretelles) soucieuse de s'ouvrir aux cultures méditerranéennes et de l'intérêt du Fonds d'action sociale (FAS) pour une manifestation consacrée aux relations Europe-Méditerranée.
En coproduction avec des associations liées ou issues des pays méditerranéens, Décade a entrepris de mettre sur pied un festival programmé du 26 novembre au 11 décembre prochains et dont le budget se monte à 2,5 millions de francs. Expositions, conférences, musique, danse, théâtre auront un thème commun : « Construction européenne et Méditerranée : télescopages, échanges et mélanges. » Parmi les têtes d'affiche figurent Sapho et Paco Ibanez.
Au même moment où Strasbourg se proclame « capitale de Noël », à la salle de la Bourse, principal lieu du festival, on jouera la carte de la lumière. Michel Hentz, un des organisateurs du festival, a prévu d'y faire apparaître le soleil et d'y faire pousser des grands palmiers.

Dernières Nouvelles d'Alsace, Mardi 27 Juillet 1999.

En selle ! Une piste cyclable de Strasbourg jusqu’à la mer

Maïa et Joël Henry sont partis cet été ouvrir un itinéraire vers la mer «par les chemins à bicyclette».

Le 14 juillet dernier, deux envoyés du Latourex (Laboratoire de tourisme expérimental), Maïa et Joël Henry, ont quitté Strasbourg à vélo (des bicyclettes “Le Strasbourg” prêtées par la CUS) pour ouvrir et flécher un itinéraire cyclable de la place de l’Étoile jusqu’aux plages des Saintes-Maries-de-la-Mer. Soit environ 1 000 km de pistes, de chemins de halage et de toutes petites départementales le long des vallées du Rhin, du Doubs, de la Saône et du Rhône. But de l’opération : ébaucher une « véloroute », sur le modèle du « Donauradweg » qui conduit les voyageurs le long du Danube depuis sa source à Donaueschingen (en Forêt Noire, à 80 km de Strasbourg) jusqu’à Budapest. L’itinéraire Strasbourg-Méditerranée, établi à partir de cartes IGN au 1/100 000e, évite montagnes et dénivelés pour être accessible à tous, y compris aux cyclistes peu entraînés, équipés de vélos ordinaires. Pour le baliser, Maïa et Joël Henry ont apposé tout le long du parcours 3 000 signaux de route autocollants portant l’inscription « Vers la mer ».
À raison de cinquante modestes kilomètres parcourus quotidiennement, ils ont atteint leur but, sans fatigue, en dix-neuf jours. « Ce fut une aventure dépaysante, s’enthousiasment-ils encore. La France traversée à cette allure et à l’écart des grands axes routiers offre un visage insoupçonné, des paysages variés d’une grande beauté, une foule de villages et de lieux-dits pittoresques aux noms parfois étonnants : Bretagne, Petit-Noir, Chantemerle-les-Blés… » Cette initiative prélude au premier Festival Strasbourg-Méditerranée qui proposera du 26 novembre au 11 décembre 1999 aux Strasbourgeois un voyage à travers les cultures des pays riverains de la Grande Bleue par la musique, le théâtre, des expos, des colloques…
Embarquement le 26 novembre au soir, au Port Dauphine… sur de vrais bateaux !

Strasbourg-magazine octobre 1999

 

Joel la combine

Plus de souci pour aller de Strasbourg aux Saintes-Maries-de-la-Mer à vélo. L'itinéraire est balisé et accessible aux pédaleurs de tous niveaux. A peine deux inévitables petites cotes de dernière catégorie du côté de Lyon, pour éviter le tunnel sous Fourvière. Pas de risque non plus de s'égarer, à moins qu'un ingénieur fou des Ponts et Chaussées ne décide d'éliminer des centaines de balises de signalisation. Ce sont en effet les supports privilégiés par Joël Henry et son épouse Maïa pour apposer leurs autocollants bleus océan « Vers la mer ».
Il leur a fallu trois semaines, du 14 juillet au 2 août, pour « tracer » les 1200 kilomètres de ce GR 5 du cyclotouriste. L'idée leur était venue lors d'un happening vélocipédique qui les avait conduits de la source du beau Danube bleu à Donaueschingen jusqu'à Budapest. L'organisation germanique tue hélas toute velléité de fantaisie : trois épais fascicules livrent le moindre détail de cette Donau bike line. L'itinéraire Strasbourg-Méditerranée au contraire laisse sa part à l'aventure.

Plus que des bistrots

Le plaisir de pédaler sur de petites routes tranquilles est en effet assombri par une désertification rurale bien réelle et palpable. « On a découvert dans certains coins une France à l'état d'abandon, où seuls les bistrots tiennent le coup » dit Joël. Le supermarché, à trente kilomètres de là, ne justifie par les efforts demandés par ce détour. Ne reste alors qu'à dévaliser une minable épicerie mal approvisionnée, dont la gérante déverse à ses rares visiteurs l'extrême amertume devant une concurrence déloyale « qui nous fera crever, mon bon monsieur ! ». Joël Henry, écolo dans l'âme, est trop attaché au développement durable pour ne pas prêter une oreille sensible à cette complainte.
Avec ses yeux bleus délavés de Viking et sa moustache gauloise, le bouquiniste hebdomadaire de la rue des Hallebardes, à Strasbourg, ne court pas après la réussite, et encore moins après l'argent. « Il n'est pas intéressé pour deux sous. Ça fait partie de son charme » dit son ami Michel Hentz, organisateur du Festival Strasbourg-Méditerranée (du 26 novembre au 11 décembre à Strasbourg) auquel le périple cyclo a servi de prélude.

Peur de m'aigrir

Bien qu'il se soit souvent ennuyé aux expos strasbourgeoises où l'entraînait sa mère, qui l'a initié à l'art, Joël se retrouve néanmoins étudiant aux arts décos. Il s'intéresse au travail des artistes, mais pas vraiment au monde de l'art, un « ghetto difficile à pénétrer ». Surtout pour qui n'a pas envie de se couler dans le moule de « l'artiste maudit ». « J'avais peur de m'aigrir » dit le filiforme Joël en tirant sur sa pipe. Aux actualités Pathé cinéma, dans une séquence consacrée à Ben en train de peindre l'horizon, sur la promenade des Anglais, il découvre que l'art peut être rigolo. (Depuis, il a un peu changé d'avis sur le talent de Ben…).
Au sortir des arts décos, il se sent une vocation de « touriste professionnel ». Ce qui ne suffit pas à nourrir son homme. Un job d'étudiant le mène au club de prévention du Neuhof où il assume pendant dix ans son rôle d'éducateur. L'explosion du nombre de chômeurs dans les cités lui fait ressentir la vanité de son travail et réfléchir à des « formes alternatives de boulot ». Avec un copain, il monte une entreprise, qu'on n'appelle pas encore « intermédiaire », de brocante. La récup' et la retape de vieux meubles ne passionnent absolument pas les jeunes du Neuhof. En revanche, les deux promoteurs deviennent accros. Joël finit bouquiniste, son pote brocanteur.

Sans boutique fixe

Bouquiniste, mais sans boutique fixe. Une seule fois, le nomade tente de se sédentariser dans un magasin. Il abandonne au bout de trois mois. « Je n'aimais pas être enfermé » confesse-t-il. A son étal du marché aux livres Gutenberg, il retrouve le contact avec le passant. Les centres d'intérêt de Joël sont trop pointus pour intéresser la grande foule. Il n'a plus guère les moyens d'assouvir sa passion pour la littérature d'avant-garde. Les ouvrages des surréalistes ou des prophètes de l'internationationale situationniste atteignent des prix prohibitifs. « De la misère en milieu étudiant » va chercher dans les 700 à 800 francs. Restent alors les livres sur les beaux arts, la photo, la peinture, ou les auteurs singuliers, tombés dans l'oubli.
« Vous avez du Jacques Perret ? » lui demande un jour un client. Joël ignore tout de l'auteur, entre autres, du « Caporal épinglé », devenu « franchement réac à la fin de sa vie, au point de collaborer à Minute ». Il cherche, fouine chez les confrères - « On s'achète beaucoup de choses entre nous dans ce métier » - déniche du Perret, en devient, sinon un spécialiste, du moins un familier. Il se pique au « jeu de trouver des choses bien, pas chères ».

Des amis toujours prêts à embarquer

Voilà lâché grand mot de sa vie, « le jeu ». Il en invente trois par jour. « Il a fait de la recherche de l'inédit un art et constitué autour de lui un réseau prêt à embarquer dans toutes ses aventures » témoigne François Burgard, son fidèle complice, co-inventeur du Latourex, le laboratoire du tourisme expérimental. Première expérience : un week-end de synchrotourisme. Sans aucune organisation préalable, les participants passent, chacun de son côté, deux jours à Zurich. A la restitution, le dimanche soir à Strasbourg, autour d'un apéro, ils ont l'impression de n'avoir pas vécu la même ville. De multiples autres idées fusent de l'esprit fécond de Joël. Le tourisme littéraire ou cinématographique du genre un « week-end à Zuydcoote » ou un « voyage avec ma tante » ; du tourisme exotique dans l'Hexagone : à Venise dans le Doubs, au Caire dans les Alpes de Haute-Provence, à Damas dans les Vosges. Passons sur les raids dans la banlieue strasbourgeoise, l'alphatourisme, l'érotourisme, voire le politicotourisme, qui consista à aller offrir un verre de blanc aux Limougeauds qui avaient le moins voté pour Le Pen à l'époque où l'Alsace battait des records en la matière.

Dîners de pâtes aléatoires

L'imagination furibonde du bouquiniste ne se limite pas au tourisme. Ses « dîners de pâtes aléatoires » ont fait fureur. Chaque participant invite six personnes à dîner un soir donné. Toutes les invitations sont mélangées dans un pot commun et envoyées au hasard. Le soir venu, l'hôte ne sait pas qui sonne à sa porte. Au dernier dîner, on a recensé 60 soirées et 300 convives.
Le festival « off » de Musica, un concerto métallique de boîtes de conserves, a rassemblé plusieurs dizaines de personnes place Kléber, entre 23 h 59 et 24 h, le dernier jour de l'été 1997. « Je suppose que je passe pour un cinglé, un farfelu, dit Joël de son air le plus innocent. Je crois que je m'en fous un peu. J'adore l'aléatoire et le combinatoire. A la manière de Queneau ou de Perec ». On prend ce père de trois enfants pour un dilettante un peu fainéant. En réalité, il travaille énormément. Imaginer et réfléchir prend du temps et coûte de l'énergie, même si toutes ces initiatives ne demandent qu'une organisation minimum.
Pour le Quai aux Arts, une institution à Strasbourg, « l'organisation zéro marche très bien. Il n'y a pas de heurts, pas de perversion, à peine une autorisation tacite de la mairie. Si on se préoccupait de toutes les procédures administratives, on ne ferait jamais rien. L'essentiel est de proposer des trucs qui correspondent au désir des gens ».

Des gênes ludiques

Ça a l'air facile. « Mais, témoigne Michel Hentz, Joël a des gênes particuliers, ludiques et innovants. Il ne s'amuse jamais en solitaire. Toutes ses idées sont à base de convivialité ». N'ayant « rien à vendre », Joël Henry n'a aucun regret si l'un de ses plans se solde par un fiasco complet, ce qui arrive. Il ne sait pas si un seul cyclotouriste empruntera jamais son circuit « Vers la mer ». Pour autant, il n'a pas douté un seul instant, pendant les trois semaines passées sur sa selle de vélo, qu'il fallait « baliser l'itinéraire très consciencieusement ».

Par Claude Keiflin
© Dernières Nouvelles D'Alsace, Mardi 14 Septembre 1999.

 

 

 

 

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