Festival 99 : retour à l'introduction


FESTIVAL Strasbourg sort de son Ill

Du 26 novembre au 11 décembre, la Méditerranée sera à l'honneur. Des DJ barcelonais à la philosophie arabe, quelques 90 manifestations sont au programme.
La Méditerranée et ses flots de talents justifie, en soi, l'existence d'un festival. A quoi, bien sûr, on peut ajouter toute une série de bonnes raisons pour pousser Strasbourg à sortir de son Ill et scruter d'autres rives. La capitale alsacienne est une ville méditerranéenne, a ainsi rappelé Jean-Claude Richez, adjoint au maire chargé de la Jeunesse et de l'Education populaire, en prélude au Festival Strasbourg-Méditerranée qui débute le 26 novembre : « près d'un tiers de sa population est originaire du Maroc, de Turquie, d'Algérie, de Tunisie, d'Italie, d'Espagne, du Portugal ou du Sud de la France ». Il s'agit aussi d'une histoire ancienne, aux racines poétiques ou encore gothiques, et d'un pari sur une construction européenne qui ne se replierait pas sur l'Europe « riche », celle du nord. A l'exception, souvent notable, de certaines « institutions » culturelles du centre-ville, de nombreux lieux ont donc, une nouvelle fois, franchi le pont. Strasbourg-Méditerrannée proposera jusqu'au 11 décembre près de 90 manifestations méritant le détour (concerts, conférences, débats, films…). Et ce, a précisé Michel Hentz, président de l'association Décade qui organise ce festival depuis 1997, autour de neuf thèmes directeurs : bienvenue, résistances, construire, raconter, imaginer, patrimoine, forger, partir et métissé.

Epices et autres ingrédients

Autrement dit, on pourra découvrir cinq photographes marseillais ou encore des DJ barcelonais croiser leurs talents avec leurs pairs strasbourgeois, écouter Paco Ibanez, Houria Aïchi et Sapho, regarder la compagnie Accrorap évoluer ou encore un film de l'Egyptien Youssef Chahine, débattre avec des écrivains turcs, goûter au marché aux épices, ne pas oublier l'apport de la philosophie et des sciences arabes, voyager au Maroc avec Tahar ben Jelloun, admirer la calligraphie et des tapisseries du Maghreb, applaudir la comédie Ulysse ben Miloud… La salle de la Bourse est au cœur du dispositif (lire encadré). On pourra même y goûter tous les midis des spécialités méditerranéennes mitonnées par de bonnes tables strasbourgeoises. La soirée d'ouverture, vendredi 26 novembre à partir de 20 h 30, donnera le ton de ce chaleureux voyage : au quai d'embarquement Promenade Dauphine-place de l'Etoile, trois bateaux de croisière serviront de cadre à trois concerts (polyphonies italiennes avec le quatuor féminin Sanacore, rebetiko avec le groupe grec Sta Perix et les musiciens de Fes Renaissance d'Aïssaoua). Apothéose, enfin, avec la soirée de clôture, samedi 11 décembre au Palais des fêtes, grâce à l'Irakien Fawzy al-Aiedy, Laïdi Dalou qui réemprunte le chemin du judéo-espagnol et le Marocain Jedouane. A noter que, de la préfecture au conseil régional, une dizaine de partenaires se sont associés à ce festival soutenu par le Fonds d'action social.

L'Alsace Edition de Strasbourg Samedi 20 Novembre 1999.

SPECTACLE Chants et musiques de la Méditerranée

En collaboration avec le Fonds d'action sociale (FAS), la Laiterie - Centre européen de la jeune création - participe au Festival Strasbourg-Méditerranée en organisant une lisère autour de ce thème ce samedi 27 novembre au théâtre des Lisières. A partir de 18 h et jusque tard dans la nuit, Boualem Ayad qui a coordonné cette rencontre, nous invite à nous laisser porter de vague en vague vers les magnifiques voix que berce depuis des siècles la Méditerranée. Percussionniste et professeur, Lotfi Ben Ayer parlera des rythmes et percussions de l'aire culturelle méditerranéenne lors d'une conférence musicale, assortie de démonstrations. Puis, ce sera au tour des musiciens et chanteurs d'occuper la scène, pour la circonstance, habillée de bleu. Au programme, polyphonie italienne avec le quatuor vocal a capella Sanacore (qui soigne les cœurs), du flamenco avec les excellents José Parrondo et Mariano Martin qui font briller la musique andalouse hors des circuits commerciaux et enfin le groupe Laudanova qui apportera des instruments classiques et moins classiques comme le ney, le banbûr, le dôtar, le laud ou le daf… La Lisière sera prolongée du 29 au 1er décembre par un one-man show de et avec Ahmed Ferhati Homme-fiction, un regard africain, à l'heure de l'Europe, sur l'attrait et la séduction de la France et de la francophonie (tous les soirs à 20 h 30).

Journal L'Alsace Edition de Strasbourg Samedi 27 Novembre 1999

Strasbourg en Méditerranée

Plus de 80 spectacles et manifestations, en 25 lieux : le premier Festival « Strasbourg-Méditerranée » embarque, demain 26 novembre, pour une croisière culturelle imaginaire sur les rives du Mare Nostrum. On dit d'une mer qui offre de nombreuses prises qu'elle est poissonneuse. L'image pourrait s'appliquer au programme du Festival Strasbourg-Méditerranée, tant il regorge de richesses pour qui voudra ou saura les pêcher. Car ce foisonnant projet, que les initiateurs de l'association Décade (ceux du Printemps des Bretelles) ont mûri depuis deux ans, veut refléter le bouillant vivier associatif d'une ville historiquement et culturellement proche de la Méditerranée. Du Centre Culturel Ibérique à l'Association des Travailleurs Marocains en France, de Vis-à-Vis à Méditeuro, de Ent'Revues à la Boutique des Sciences, de l'Odyssée à Schiltigheim-Culture, plusieurs dizaines d'associations et structures ont apporté chacune leur pierre - de petits cailloux de Rhodes ornent l'affiche - à l'édifice. Par les manifestations qu'elles organisent à cette occasion, elles témoignent, selon Michel Hentz (Décade), « à l'heure de la construction européenne, de multiples échanges et mélanges, culturels et sociaux, entre le monde méditerranéen et le Nord du continent ».

Un franc éclectisme

L'affiche du festival -soutenu par la ville et aidé par le Fonds d'action sociale (2,5 MF)- revendique un franc éclectisme. Puisse-t-il ne pas égarer les spectateurs-voyageurs, pendant ces quinze jours, en 25 lieux : théâtre (Bazar par Les Foirades, ou Ulysse Ben Miloud), musique (Paco Ibanez, Sapho, Simon Elbaz, Houria Aïchi), écriture (un salon "Autres Cultures, Autres Revues"), image (Sinasos, histoires d'un village déplacé, et Méditerranée, miroir du monde), la danse (Dissilence, Accrorap), parole (L'Espagne des trois cultures par Javier Dominguez), art culinaire (Cuisine de l'autre rive), artisanat (A tisser vous-même)… Pour l'aider à faire ses choix, la plaquette du festival offre la bouée de secours idoine. Les organisateurs y ont privilégié une approche «  sensorielle et subjective », disent-ils : on y piochera dans neuf rubriques (« Bienvenue », « Imaginer », « Forger », « Partir », « Métissé », « Résistances »…), qui sont autant d'invitations à la découverte. Et ce 26 novembre, pour commencer, le festival embarque pour de bon (à 20h30 au quai d'embarquement de la Promenade Dauphine) sur trois bateaux de croisière fluviale : des passerelles permettront aux spectateurs d'y changer d'ambiance, des polyphonies italiennes (Stanacore) au rebetiko grec (Sta Perix) ou à l'orchestre marocain d'Azzeddine Montassere. Pendant toute la durée du festival, un « fil rouge » sera tendu « Vers la mer…à vélo », du nom du périple cycliste effectué cet été par Maya et Joël Henry (Laboratoire de tourisme expérimental) : dans la salle de la Bourse, transformée en lieu central d'accueil, de petite restauration et d'animation, les deux aventuriers inviteront tous les midis à un « stammtisch ». La soirée de clôture au palais des fêtes aura des allures de kermesse, associant les accords orientaux du luth de Fawzy Al-Aiedy (Irak), le répertoire judéo-espagnol du groupe Laïdi Dalou et le châabi marocain de Jedouane. Un kaléidoscope musical à l'image d'un événement qui veut illustrer « la richesse des cultures d'origine des populations migrantes installées à Strasbourg ».

Xavier Thiery © Dernières Nouvelles D'Alsace, Jeudi 25 Novembre 1999.

Et vogue le festival !

L'inauguration du salon « Autre cultures, autres revues » et une fête musicale embarquée sur des bateaux, ont ouvert, hier soir, le premier Festival Strasbourg-Méditerranée.
Jusqu'au 11 décembre, le Festival Strasbourg-Méditerranée propose un voyage culturel original, à la fois historique, musical et artistique, du côté de la Grande Bleue. Avec pas moins de 80 manifestations coordonnées par l'association Décade, pour inviter le public à s'évader en pleine grisaille automnale vers des pays où plus du quart des Strasbourgeois conservent des liens. La salle municipale de la Bourse, décorée aux couleurs du Sud (tapisseries maghrébines, parasols, palmiers, etc.), sera pendant toute la durée du festival, le lieu d'animation central avec comme point d'accueil, son espace d'exposition et de rencontres. Sans oublier les pauses déjeuner (« Treize midis au soleil ») qui permettront aux festivaliers de déguster les spécialités préparées par une dizaine de restaurateurs locaux.

Foisonnement

C'est là aussi que se tient pour deux jours la 4e édition du salon « Autres cultures, autres revues » que l'association parisienne Ent'Revues consacre aux publications de l'immigration et de l'intégration d'ici et d'ailleurs. Dans ce cadre, l'adjoint au maire Jean-Claude Richez (« Un foisonnement culturel qui permet de voir l'immigration sous un autre jour ») et le délégué régional du Fonds d'action sociale François Barthelme ont ouvert hier soir le festival après une improvisation à l'oud du musicien de Fès Azeddine Montassere. Dans la foulée, les premiers spectateurs-voyageurs ont pu embarquer pour une première fête à bord de trois bateaux amarrés le long de la Promenade Dauphine. Au programme : trois pays et trois styles avec le quatuor vocal italien Sanacore, la musique rebetiko des Grecs de Sta Perix et les airs orientaux des Strasbourgeois de Nedjma qui ont remplacé au pied levé le groupe Renaissance d'Assaoua, accidenté jeudi sur la route menant à l'aéroport de Casablanca.

X.T. © Dernières Nouvelles D'Alsace, Samedi 27 Novembre 1999.

Le Rembetiko de Sta Perix à Strasbourg / Méditerranée

Pour sa soirée d’inauguration, sur trois bateaux à quai, Strasbourg - Méditerranée avait invité trois groupes, pour donner à entendre d’autres musiques. Il était logique d’y rencontrer d’abord la Grèce, mère des cultures du bassin, où s’inventèrent les concepts et les formes.
Les quatre musiciens et la talentueuse chanteuse du groupe Sta Perix proposaient ainsi, dans un salon confortable, où seule une épaisse fumée (de cigarettes) rappelait une taverne grecque, un récital touffu de re(m)betiko, genre musicale varié, régulièrement enrichi, expression bien vivante d’une Grèce qui se veut, ouverte, moderne, mais qui sait préserver une riche tradition.
Il s’agit pourtant de souvenirs cruels : le rembetiko est une musique populaire, citadine, un répertoire pour les tavernes ou pour les malheureux qui se font prendre et sont en prison ; ou encore l’expression à peine tolérée des déracinés, des millions de Grecs obligés de quitter la Turquie pour venir se fixer à la périphérie des villes, en particulier au Pirée, emportant avec eux des mélodies et des chants nés à Smyrne, à Istanbul, à Trabzund
Un hymne à l’amour
Cette musique, diffusée plus tard par la radio et les disques, devient très populaire, quitte les cafés et les fumeries pour les night-clubs d’Athènes, s’adapte à un curieux goût du public pour la romance napolitaine et les danses européennes à la mode, comme le tango. L’immense renom de Vassilis Tsitsanis permet le développement du rembetiko au cours des années 50’ : avec lui la chanson grecque développe de nouveaux thèmes, devient hymne à l’amour.
C’est cette riche histoire que développe Sta Perix, refusant toutes les facilités des musiques de variétés grecques qui se sont diffusées plus facilement en occident et qui offre, d’un art subtil une image caricaturale. Musiques des cafés Aman, répertoire des chansons de prisonniers, chants citadins des tékés (fumerie), évocations des grandes vedettes que furent Tsitsanis et Rita Abadzi, Rosa Eskenasi ou Sotiria Bellou : la chanteuse Eleni Koutalopoulou, Spiros Bonellis (zoura et baglama) Babis Papadimitriou (baglama et guitare), le très discret Emmanuel « Yanopoulos » During (violon et zoura) et le talentueux Yves Béraud (accordéon et baglama) proposèrent là un répertoire variés, une musique méditée, retenue qui exige l’attention.
Il eût fallu, pour apprécier d’avantage, une sonorisation un peu plus affirmée et moins d’animation autour des musiciens – qui rendent aussi hommage au metteur en scène Costas Ferris, dont le film rembetiko (1986), outre une musique remarquable composée dans « l’esprit rembetiko » le plus pur, est pour beaucoup dans l’intérêt d’un large public porte aujourd’hui cette musique.
Claude F. Fritsch

 

 

 

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