| |     Strasbourg aux rythmes des Nuits Européennes Après Ososphère, Strasbourg sera encore une fois, vendredi et samedi, capitale des musiques électroniques. Cinquième édition des Nuits Européennes
C'est à l'initiative d'Arcane 17 et du Réseau Printemps. « Nous avons soudé nos savoir-faire », indique Francis Zaniboni, directeur de la manifestation. Et en cinq ans, les Nuits Européennes se sont imposées. « Nous avons rendu possible la création d'un tissu régional, national et international dont cette cinquième édition mobilise toutes les énergies, autour d'un projet novateur et fédérateur. Notre objectif est de permettre à des artistes de se produire devant un nouveau public et des professionnels, et de faire parrainer les « découvertes » internationales par des artistes français ». Les Nuits Européennes débutent vendredi, à 21h, à la Salamandre, avec une « Future Phunk Session » : elle réunira deux artistes strasbourgeois, Jazzamar et son afro-cubain groove, qui en fait le Gilles Peterson d'ici, et Vinicious, qui mixe bonne humeur, insolence libertine et jacuzzi musical. Suivront, de Bordeaux, BNX & Walters, soit une house first class mêlant trip hop, easy listening et jungle, et de Marseille, Dj Paul et sa deep house sexy. Samedi, deux soirées concepts, à 21h à la Laiterie : une nuit Dub Action avec le ragga sound system majeur de la scène d'ici (Dance Hall Vibes, High Tone, novo dub de Lyon), et d'Angleterre (Disciples, Djins et Baby G, petits génies bidouilleurs et voix de velours et, événement, Dubwiser). Toujours à la Laiterie, dans le cadre du Festival Strasbourg-Méditerranée, « Techmission » entre Barcelone (Dj Loe, Angel Molina) et Strasbourg (Seb Turkey, At'Lhas et Ainja vs Link). Le même soir à 21h au Molodoï, Jungle Fiction, en collaboration avec Hiéro Strasbourg, avec des tenants du label londonien Renegade Hardware (Usual Suspects, Mc Verse et Konflict) et du Black Label parisien (Anakyne et Otis), rejoints par la soul-funk jungle des Strasbourgeois No Stress et Mc Boom'T. Enfin, profitant de ces Nuits Européennes, la Ville de Strasbourg organise, samedi au Centre administratif, un colloque copieux autour des musiques actuelles. Daniel Carrot © Dernières Nouvelles D'Alsace, Mercredi 24 Novembre 1999. Etat des lieux des musiques actuelles A l'occasion du Festival Strasbourg-Méditerranée et des Nuits Européennes, le Service jeunesse et éducation populaire de la Ville de Strasbourg vient d'organiser un colloque autour des musiques actuelles. C'est Catherine Trautmann, ministre de la Culture, qui a ouvert le colloque, en précisant que les musiques actuelles étaient l'une des priorités de son ministère, mobilisant 120 MF, soit près de 3% du budget de la Direction de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles. A la fois beaucoup et peu d'argent, au regard des enjeux artistiques mais aussi sociaux et politiques que représentent, aujourd'hui, les musiques actuelles. On recense ainsi en Alsace plusieurs centaines de groupes, entre rock, rap, jazz et chanson, voire techno. Malgré l'émergence, ces dernières années, de nouveaux lieux - comme la Laiterie à Strasbourg, le Noumatrouff à Mulhouse, le Kraken à Colmar, et, aujourd'hui, le Mic Mac à Saverne - les artistes régionaux, amateurs ou semi-professionnels n'y trouvent pas leur compte : « La plupart de ces salles sont uniquement des lieux de diffusion, et fonctionnent selon la loi du marché national et international », disent en substance les musiciens présents. Et ces groupes ont de plus en plus de mal à se faire entendre, d'autant que l'alternative offerte par les bars ou les cafés-concerts est en train de se dégrader pour cause de problèmes de bruits et de voisinage. D'où le constat : si la scène alsacienne est bien vivante, elle n'arrive pas à s'imposer dans le paysage hexagonal. « Nous manquons de salles intermédiaires pour promouvoir une scène locale », avait indiqué Jean-Claude Richez, adjoint en charge de la Jeunesse et de l'éducation populaire. Responsable de l'association Ad Libidum, qui gère le 13 rue du Nord à Bischeim, Simon Pomara, en écho, dit qu'il « ne faut pas attendre, il faut faire ; car personne ne nous donnera ces moyens. Souvent, on s'étouffe en cherchant des solutions pour créer : le mieux, c'est de le faire, et de draguer les politiques après. Notre collectif entend regrouper les artistes dans une société qui les divise ». Le dos au mur
L'une des interventions les plus fortes fut ici celle de Yann Gilg, directeur des Sons d'La Rue, sur la place du hip hop dans ce paysage.
« Le hip hop, c'est le style musical qui a le plus le dos au mur. Aujourd'hui, les jeunes qui font du rap n'ont pas de culture musicale, et pas de culture du tout
» Mais si les jeunes rappers ont si souvent l'esprit fermé, dit-il, « c'est parce qu'ils sont conditionnés par tout un système d'exclusion. Pour notre association, le hip-hop n'est pas une fin en soi. On veut créer de l'emploi et de l'espoir sur le quartier de l'Elsau, et non pas se faire plaisir en s'enregistrant et se diffusant. Je suis persuadé que derrière toute émergence musicale, il y a une souffrance politique et sociale : derrière le hip hop, il y a des siècles d'exclusion ». Et le hip hop est aujourd'hui vraiment relégué dans les marges. Il fait peur et alimente les fantasmes. Depuis la bagarre qui a perturbé, il y a quelques semaines, le concert de Faf La Rage à la Laiterie, le rap n'a plus droit de cité à Strasbourg. A Mulhouse, le concert de 3emeOeil, émaillé, lui aussi, d'incidents, a découragé les meilleures volontés. De cela, André Cayot, du ministère de la Culture, n'a pas parlé. Il a par contre annoncé la création d'un nouveau diplôme d'Etat, de professeur coordinateur dans le champ des musiques amplifiées, et la mise en place prochaine de près de 200 lieux labellisés « Salle de musiques actuelles ». En Alsace, l'idée d'un tel pôle régional des musiques actuelles remonte à 1997. Sophie Mège, chargée de mission à la DRAC, indiquant ici que le problème dans notre région était la difficulté qu'il y a à faire travailler ensemble les institutions culturelles. Jean-Claude Richez en conclusion de ces rencontres ne céda pas à la langue de bois consensuelle, mit ledoigt sur un système culturel strasbourgeois extrêmement institutionnalisé, et « qui étouffe les efforts de création. Nous vivons, et c'est un trait d'histoire, dans une ville conservatrice, refermée sur elle-même. Il faut y décentrer aujourd'hui les références culturelles, en révéler d'autres - le salut n'est pas dans la reconnaissance de l'institution ou du marché : Strasbourg est la ville la plus jeune de France, et les jeunes y sont invisibles, atomisés
» Ce colloque a mis en lumière énergies et projets d'ici, autour de musiques actuelles qui ont du mal à se faire entendre, à ne pas galérer - le décalage entre les institutions et le terrain est ici particulièrement sensible. Et l'on y a saisi qu'au-delà de la musique, on y parla du monde, ici et maintenant - rien de neuf en fait. Mais une contribution à un état des lieux qu'il faudra envisager de manière plus audacieuse et pertinente encore. Daniel Carrot © Dernières Nouvelles D'Alsace, Mercredi 1 Décembre 1999. | |