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Rita Clara aux racines du flamenco
Paco Ibanez hier soir à l'Illiade, Sapho la veille à la salle des fêtes de Schiltigheim, animation permanente salle de la Bourse, au centre ville : l'agglomération strasbourgeoise vit à l'heure méditerranéenne. Sur la petite scène de la salle de la Bourse, coeur permanent du Festival Strasbourg-Méditerranée, aménagée en salle d'exposition, stand gastronomique et cabaret, il y a toujours à voir et à entendre. Ainsi la troupe de danseuses, musiciens et comédiens réunis par Rita Clara, l'autre jour, pour un spectacle en six tableaux illustrant les âges obscurs du flamenco. Musique de la frontière Un tel projet ouvre largement la voie à l'invention, car l'histoire
du flamenco n'est pas claire : toutes les cultures musicales qui se sont
succédées ou ont coexisté sur le sol d'Andalousie
peuvent légitimement revendiquer une part de paternité dans
la genèse d'un art qui, en dernière analyse, est surtout
fortement marqué par ses premiers interprètes, les Gitans,
qui arrivent en Espagne au XVe siècle et constituent lentement
un répertoire reconnu comme les bases du flamenco au XIXe siècle
seulement. Mais Rita Clara n'est pas gitane : elle est née à
Valladolid, comme Sabicas était de Pampelune, et son projet n'est
pas de mettre l'accent sur l'apport des Gitans. Elle choisit d'évoquer
les 1000 ans qui séparent l'effondrement de l'empire romain de
la Reconquista : l'Espagne est alors terre morcelée, sur laquelle
coexistent chrétiens, arabes et juifs. « Musique de la Frontière
», pour une danseuse à l'aise sur un choix de danses très
variées : Petenera, reprenant la légende de la femme fatale
de ce cante dont l'interprétation, dit-on, porte malheur ; Saeta,
liée aux processions de la Semaine Sainte ; Siguiriya, puis Zambra,
aux parfums arabes ; Tango, au rythme binaire ; Jota, venue du Nord mais
acclimatée à Cadiz ; Zapateado et, en rappel, une buleria
Les guitaristes Jesus Rodriguez et Enrique Mojeran ont ici fort à
faire, plus à l'aise dans des duos très policés et
vaguement moyenâgeux que dans l'attaque vive que nécessitent
les danses flamenco. Mais il ne s'agit pas de musicologie : mise en scène
sans inutiles complications, récit historique clair, changements
de costumes, intermèdes comiques, beau jongleur, et un chanteur,
Jesus Caredes, dont la voix puissante est remarquablement en place. Cette
production du Centro Cultural Iberico a été, au festival,
très chaleureusement accueillie
Claude F. Fritsch © Dernières Nouvelles D'Alsace, Samedi 4 Décembre 1999. |
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