Festival 99 : retour à l'introduction

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Rita Clara aux racines du flamenco

Paco Ibanez hier soir à l'Illiade, Sapho la veille à la salle des fêtes de Schiltigheim, animation permanente salle de la Bourse, au centre ville : l'agglomération strasbourgeoise vit à l'heure méditerranéenne.

Sur la petite scène de la salle de la Bourse, coeur permanent du Festival Strasbourg-Méditerranée, aménagée en salle d'exposition, stand gastronomique et cabaret, il y a toujours à voir et à entendre. Ainsi la troupe de danseuses, musiciens et comédiens réunis par Rita Clara, l'autre jour, pour un spectacle en six tableaux illustrant les âges obscurs du flamenco.

Musique de la frontière

Un tel projet ouvre largement la voie à l'invention, car l'histoire du flamenco n'est pas claire : toutes les cultures musicales qui se sont succédées ou ont coexisté sur le sol d'Andalousie peuvent légitimement revendiquer une part de paternité dans la genèse d'un art qui, en dernière analyse, est surtout fortement marqué par ses premiers interprètes, les Gitans, qui arrivent en Espagne au XVe siècle et constituent lentement un répertoire reconnu comme les bases du flamenco au XIXe siècle seulement. Mais Rita Clara n'est pas gitane : elle est née à Valladolid, comme Sabicas était de Pampelune, et son projet n'est pas de mettre l'accent sur l'apport des Gitans. Elle choisit d'évoquer les 1000 ans qui séparent l'effondrement de l'empire romain de la Reconquista : l'Espagne est alors terre morcelée, sur laquelle coexistent chrétiens, arabes et juifs. « Musique de la Frontière », pour une danseuse à l'aise sur un choix de danses très variées : Petenera, reprenant la légende de la femme fatale de ce cante dont l'interprétation, dit-on, porte malheur ; Saeta, liée aux processions de la Semaine Sainte ; Siguiriya, puis Zambra, aux parfums arabes ; Tango, au rythme binaire ; Jota, venue du Nord mais acclimatée à Cadiz ; Zapateado et, en rappel, une buleria… Les guitaristes Jesus Rodriguez et Enrique Mojeran ont ici fort à faire, plus à l'aise dans des duos très policés et vaguement moyenâgeux que dans l'attaque vive que nécessitent les danses flamenco. Mais il ne s'agit pas de musicologie : mise en scène sans inutiles complications, récit historique clair, changements de costumes, intermèdes comiques, beau jongleur, et un chanteur, Jesus Caredes, dont la voix puissante est remarquablement en place. Cette production du Centro Cultural Iberico a été, au festival, très chaleureusement accueillie…
Le foisonnant Festival Strasbourg-Méditerranée se poursuit jusqu'au 11 décembre.

Claude F. Fritsch © Dernières Nouvelles D'Alsace, Samedi 4 Décembre 1999.

 

 

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