Festival 99 : retour à l'introduction

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Montassere en luth majeur

En résidence strasbourgeoise à l'occasion du Festival Strasbourg-Méditerranée, le chef d'orchestre de la radio marocaine de Fès professe l'art du luth oriental entre Hautepierre et la Meinau.
Sa frêle silhouette, son sourire et sa tête dégarnie sont devenus familiers aux personnes qui fréquentent la salle de la Bourse, lieu central du festival pluridisciplinaire Strasbourg-Méditerranée qui s'achève demain soir. Il y a dix jours, les invités de la cérémonie d'ouverture ont été les premiers à l'entendre déployer son art de l'improvisation, impeccable dans son smoking noir, un oûd (de l'arabe al-oûd - « pièce de bois » - qui désigne le luth oriental à onze cordes) posé sur le genou. Les festivaliers eux ont pu l'applaudir à pas moins de cinq reprises. Un activisme scénique qui n'enlève rien à la modestie de ce quinquagénaire enchaînant pendant quinze jours à Strasbourg les rencontres avec des musiciens du cru attirés par le son « boîteux » du luth. « C'est l'instrument qui a le plus d'élèves au Maroc et dans le monde arabe. C'est un instrument très intime auquel tout le monde peut s'identifier. Et on en trouve à tous les prix », explique M. Montassere, professeur au Conservatoire de Fès où il dirige également l'orchestre de la radio publique régionale. Compositeur renommé, plusieurs fois primé dans son pays et au festival de la chanson arabe de Amman 95, ce discret luthiste se bat, dit-il, pour faire sortir son instrument fétiche du ghetto arabo-oriental.

Renaissance

« Le jeu et les compositions doivent évoluer pour qu'il puisse conquérir un nouveau monde en s'intégrant par exemple dans un orchestre symphonique occidental. Le compositeur Khalid Cheikh a beaucoup fait pour la renaissance du luth oriental, tombé en désuétude avant 1970 », explique Azeddine. Si bien qu'aujourd'hui, tout élève luthiste de 10e année de Conservatoire se doit de savoir interpréter la très sophistiquée « Lounga en mi majeur » composée par M. Montassere pour décrocher à son tour le diplôme de professeur. Il en a donné un aperçu à l'un ou l'autre de ses élèves venus acquérir quelques trucs techniques à ses côtés dans l'un des deux studios du CRICA (Centre de ressources des initiatives culturelles et artistiques) à la Meinau et à Hautepierre. Par cette « résidence », l'artiste donnait corps à l'un de premiers échanges établis dans le cadre de la coopération que la CUS et la ville de Fès ont officialisé lors de la dernière foire européenne. Ses sessions, organisées en toute convivialité, n'ont pas drainé les foules vu la spécificité du luth. Des musiciens d'un groupe de raï, la chorale de l'association Diwan et une poignée de guitaristes-luthistes issus principalement de l'atelier de musiques orientales du Conservatoire local se sont toutefois piqués au jeu. Le maître leur adresse un éloge plutôt flatteur : « Leur attachement à la musique arabe et au luth m'a impressionné et surpris. Ce sont des jeunes Français, donc des Occidentaux, a priori habitués à un langage musical différent, qui sont arrivés à se mettre sur les rails de cette musique. »

X.T. © Dernières Nouvelles D'Alsace, Vendredi 10 Décembre 1999.

 

 

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